20.9.06

Isabelle et moi et le bonheur

Isabelle Boulay à fond dans l’appart ce soir d’automne. Je me paye la traite : je suis seule à la maison.

Isabelle me propulse au fond du Provigo où je travaillais plus jeune. Je me revois toujours, quand j’écoute « Je suis un saule inconsolable » ou « Je t’oublierai, je t’oublierai, je t’oublierai, je t’oublierai » (répétez ad nauseam!) : j’étais en train de ranger les comptoirs de fruits et légumes, à 22 h, seule dans l’épicerie avec les derniers clients, à chanter ces chansons encore et encore, grâce à Cité Rock-Détente… Je les connaissais par cœur, elles m’énervaient, je ne pouvais plus les entendre. C’était mon premier emploi, j’étais au cégep, j’étais acceptée à l’université, le premier amour de ma vie m’attendait dans le stationnement pour une soirée avec les copains. Je râlais sur les chansons d’Isabelle qui me rentraient dans la tête contre mon gré, forcément : elles jouaient 3 fois durant mes 8 heures de travail! …Mais je me sentais heureuse dans ma vie, fière de ce que j’étais.

Durant des années, après le cégep, je ne pouvais plus entendre ces maudites chansons. Elles me ramenaient à cette épicerie, à ce gars-là dans l’auto qui ne m’attendait plus. Les paroles semblaient raconter en direct la déconfiture généralisée de ma vie à ce moment-là.

J’écoute Isabelle ce soir et je suis contente de chanter à tue-tête, son timbre de voix me convient parfaitement. Je souris maintenant en répétant inlassablement « Je t’oublierai ». Les images de l’épicerie me reviennent, de même que cet amour qui n’a pas voulu mourir durant des années après notre rupture… et je souris, oui.

Ces chansons résonnent différemment aujourd’hui. Un peu parce que je me donne le droit de les faire jouer haut et fort, parce que j’accepte d’aimer ça! Beaucoup parce que j’ai l’impression d’écouter ces airs pour la première fois. Je suis de nouveau heureuse. J’accomplis bien mon premier boulot dans ma branche, mon contrat sera probablement prolongé, un homme m’attend sur son vélo, nous avons des projets. Isabelle me fait rendre compte du chemin parcouru d’un bonheur à l’autre.

*

Chiriiiiiii! Dis, tu accepteras d'avoir un CD de Isabelle Boulay dans la maison où tu vivras? Dis, tu me laisseras l'écouter? Si je te jure que je ne me mettrai jamais à jouer des tounes de Céline au piano, tu me laisseras, une fois par année, gueuler avec Isabelle, comme je le fais ce soir? Tu comprendras alors que je serai en train d’apprécier le chemin parcouru entre les bonheurs qui nous auront bercés. Et tu souriras. Ou tu feras exprès pour rentrer plus tard...

4 Comments:

At 10:13 p.m., Blogger Patrick Dion said...

Isabelle ??? J'savais pas qu'Isabelle Maréchal chantait aussi !!! On aura tout vu ! Sans blague, j'en profiterai pour aller aux danseuses nues, tsé, genre cheap shot pour cheap shot ! :-P

 
At 5:42 a.m., Blogger 719 said...

J'aime bien la façon dont tu racontes ça, Sauterelle parce que je ressens exactement la même chose avec mes vieux disques, mais j'aurais pas su le dire mieux que toi ; )

 
At 9:02 a.m., Blogger Sauterelle said...

Pat: Les danseuses, ça méritera bien du Alain Barrière à ton retour, ça... Tu sais que j'ai plusieurs ressources dans ma cdthèque, pour toutes les occasions! Ne me force pas à les utiliser!

 
At 10:31 a.m., Anonymous Charles said...

Pat: j'ai des ressources, peut-être pires que celle de madame, que je suis prêt à lui filer par solidarité...

Sauterelle: il faut vraiment que tu sois très heureuse pour clâmer haut et fort que tu aimes Isabelle B! Une fois passée ma petite gêne (!), j'ai pu apprécier ton texte. Quel chemin parcouru...Tes images fortes me touchent toujours (mais ce n'est pas un secret pour personne que j'adore ton écriture...)

 

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