22.1.08

Welcome, Mr Bi!

Un bouchon de bain traîne derrière la porte de notre chambre.
Une plante est renversée au salon.
Une poubelle gît sur le côté, son contenu étalé dans toute la salle de bain.
Des traces de pattes humides parcourent le long corridor.
Des grains de litière jonchent la cuisine.

Oui, on l'a voulu : Mister Bi is in the house !



2.1.08

Les vacances, ça fait mal

Ce sont de belles vacances.

Il y avait ma maman beaucoup, mon papa un peu, ma soeur et ses enfants un brin.

Il y avait les amis délicieux.

Il y avait l'Amoureux tout plein tout plein dans mes bras.

Il y avait tout ceci en vrac :

Les Astérix: Heureux duo!

Les aventuriers du timbre perdu: Une belle surprise parmi les souvenirs! Vous l'aviez reconnu?

Back to the future: Wo-ho, ça groove trop par ici!!

Dead poets society: Mon classique, ça faisait quelques années que je ne l'avais vu

Polar Express: Oui, j'étais excitée comme une puce durant tout le film

... On a eu des vacances semblables, j'imagine? Avez-vous des plaies de divan comme moi? Télé, films, changement de côté aux heures... Vivement le retour au travail, que je retrouve la position assise.

25.12.07

Chacun sa prétention!

C'est le souper de Noël. On parle d'écriture, de talent, d'envie et de besoin d'écrire.

Moi: "Je n'ai jamais eu la prétention d'avoir quelque chose à dire, c'est pour ça que je mets mon talent au service de mon employeur."

L'Amoureux: "Quoi? Tu penses que tu n'as rien à dire? Mais ça fait 5 mois que tu habites avec MOI!"

2.12.07

Je m'ennuie de mon Amoureux

Vendredi soir, c'était le party de Noël de la mère de son fils. Elle l'a donc laissé à la maison pour la nuit. Ça va, on se dépanne, c'est correct. Nous avons passé une bien agréable soirée certes, mais à 3. Ça décrisse une soirée collé.

*

Hier, c'était un vieux tuyau qui coulait de chez nous jusque chez les proprios du bas. Bon, on coupe l'eau et on laisse les 4 brassées de lavage, le lave-vaisselle, la bouffe et les douches en plan jusqu'à ce que le proprio vienne voir. Il vient. Puis il revient avec le plombier. Ça tape, ça cogne. Ça repart acheter quelque chose. Ça rentre à nouveau, ça salope le plancher. Ça finit par se régler. Ça décrisse une journée tranquillo avec l'Amoureux...

*

Ce matin, c'est la laveuse qui flanche. Et l'Homme en lui s'attaque à la laveuse. Il bidouille, je l'entends râler fort. Même s'il réussit, il sera en beau maudit. S'il réussit pas, je vous en parle pas. Ça décrisse une autre journée tranquillo avec l'Amoureux...

*

Je m'ennuie de mon Amoureux.

20.10.07

On s'aime tellement!

Voilà un mois que j'ai écrit ici.

Et je reviens avec les mots d'un autre, grand bravo Sauterelle!

Je pense souvent à bloguer la brume du matin sur le parc Lafontaine, le sourire de cet enfant dans l'autobus ou les mots d'un papa à sa fillette. Mais je ne déniche pas l'angle intéressant, je ne prends pas le temps de m'asseoir pour le trouver. Alors ça fait un mois.

Un collègue m'a fait rire hier, et j'ai pensé qu'il serait facile de transmettre son mot sur mon blog. Mais me voilà à écrire toute une mise en contexte!

Bon bon bon. Je voulais juste dire que je travaille dans une direction des communications. Comme plusieurs direction de com, notre équipe est presque exclusivement féminine. Bien sûr, le patron est un monsieur, et nous ne comptons qu'un seul autre homme dans le bateau, sur une dizaine de personnes.

Cet autre homme, un gai qui joue parfois les mysogines, nous a envoyé ce courriel délicieux, vendredi pm...

De :
Envoyé : 19 octobre 2007 14:55
À : @ Service Communications
Objet : Absence

Bonjour,

Un petit mot pour vous dire que je serai absent lundi sans raisons apparentes.

J'en ai juste un peu marre de vous entendre vous plaidre constamment. J'ai besoin d'un break!


On s'aime tellement!

18.9.07

Dommage que le livret de partitions du film Le fabuleux destin d'Amélie Poulin soit discontinué depuis des années... On en est réduit à se procurer des versions transcrites sur Internet. Mais c'est chose faite et j'y vais de ce pas, à mon piano.

30.8.07

Patrick Watson

Parce que mon homme m'a quittée ce soir pour aller voir les autres brunettes aux yeux bleus de ce monde. Parce que ça lui apprendra à me laisser seule une soirée... Je suis tombée sur un concert de Karkwa ET de Patrick Watson. Tous ensemble. Sur la même scène. Sur les mêmes airs, qu'on connaît si bien et qu'on aime tellement.

Parce que ça m'a remis en tête quelques souvenirs de la route jusqu'à la Gaspésie, Patrick Watson et Karkwa à pleine tête et le fleuve à droite. Parce que les Gaspésiens et leurs Zurbains Invités, justement, sont peut-être ce soir ou plutôt hier soir à un concert intime de Patrick Watson...

Parce qu'un gars qui joue du piano, c'est sexy, je l'ai déjà dit. Parce que sa tête de jeune con ne fitte pas avec la bière à côté de son piano, ni avec la richesse de sa musique. Parce qu'il a une présence en scène tellement expressive!

Parce que ça redonnera une chance à mon ami Charles de le réentendre. Cet ami que j'avais invité au concert de Patrick Watson à Montréal, et qui ne l'avait pas apprécié autant que je l'avais espéré!

Servez-vous, c'est bon.



Et puis, en continuant à fouiller... Parce que c'est la toune qui groove le plus au monde, et parce que j'aime les gens qui font des vidéos aussi originaux!

21.8.07

Ce matin, je défaisais de vieilles boîtes de souvenirs de voyage. J'ai sorti quelques bibelots qui attendaient depuis des années un endroit où s'installer. J'ai jeté tous les billets de train et de spectacle, tous les programme-souvenirs. Mais j'ai gardé toutes les lettres que j'ai reçues de vous. Elles ont parcouru des milliers de kilomètres à l'aller seulement et elles me racontent si bien comment vous m'aimiez et que vous étiez fiers de moi alors que je marchais sur des traces qui m'étaient inconnues. Elles me murmurent que vous m'aimez encore alors que je m'engage sur le chemin de la vie à deux. Je vais moins loin cette fois, mais c'est l'aventure encore une fois.

29.7.07

Le Gamin est revenu de Walt Disney émerveillé. Une des retombées de la magie Disney : il avait hâte de manger des légumes! Merci USA.

*

Alors qu’il racontait un spectacle à grand déploiement à son père : « C’était écoeurant!! Il y avait des télés dans les airs! »

Le père, qui a déjà vu le spectacle, mais en Californie : « Ah bon! Quand je l'ai vu, c’était dans un stade, il n’y avait pas de télé. »

Le Petit, tout excité : « Nous aussi c’était dans un stade, il n’y avait pas de télés non plus. »

Moi : « Ben là! Il y avait des télés, ou non? »

Lui : « Ben non, mais ils lançaient des télés dans les nuages! »

Nous : « Ils lançaient des télés!? »

Lui : « Ben non, mais tsé là! »

Ben franchement, quoi, vous devriez comprendre les vieux, hein!

L’Amoureux-Père : « AH!!!!!!!!!! Ils faisaient des projections d’images sur la fumée qu’ils produisaient! »

*

Ma mère a un sens de l’orientation assez impressionnant. Un des running gags de la famille, c’est la fois où on voulait aller au Zoo de Granby, et qu’on s’est rendus à Sorel. Avec elle donc, dans l’auto :

« Alors, vous déménagez au nord d’ici? (de chez l’Amoureux) »

Elle s’essaie toujours à parler en nord-sud-est-ouest, même si elle n’y comprend visiblement pas grand-chose!

« Non, plutôt à l’ouest, près de de Lorimier, tu connais cette rue-là. »

On s’obstine un peu sur les fameux nord-sud-est-ouest. Elle est perdue totale.

« Papineau et de Lorimier, c’est pas loin l’un de l’autre ça non? »

On acquiesce. Elle est super fière d'elle. Forte de sa réussite, elle continue...

« Et c’est pas loin de la rue Notre-Dame, c’est ça? »

Regards. Sourires. Non, vraiment, y’a rien à faire.

« Ouin, c’est ça… et c’est pas loin du boulevard Gouin, non plus! »

27.7.07

I'm feeling good

Parce que je suis tombée sur ce clip Youtube de la pub promotionnelle de la saison 4 de Six Feet Under en cherchant du Nina Simone, je vous l’offre aujourd’hui. Les fans de la série revivront de grands frissons. Ceux qui ne la connaissent pas pourront apprécier cet aperçu de la folie ambiante…

Parce que c’est vendredi matin, mon premier jour de vacances d’une longue suite de … semaines. Je ne vous le dis pas, c’est indécent. Parce que its a new dawn, its a new day, its a new life for me, I’m feeling good.



Parce que Claire est un délicieux personnage qui dit les vraies choses telles qu’elles sont. Oui, la dépression aide parfois à dire les vraies choses. J’en ris encore en la réécoutant. J’ai beau avoir porté une silky red robe une soirée dans ma vie, soyez assurés que je partage tout à fait son opinion !



Parce que Claire est un délicieux personnage qui dit les vraies choses telles qu’elles sont, part II. Oui, la drogue aide parfois à dire les vraies choses.


Parce que Claire est un délicieux personnage qui dit les vraies choses telles qu’elles sont, part III. Oui, l'alcool aide parfois à dire les vraies choses. J’en frissonne encore en la réécoutant. C’est brut, elle souffre, elle crie, elle est agressive et complètement saoûle. Mais on a tous rêvé de tenir un tel discours à quelques personnes un jour, non ?

23.7.07

Parce que j'adore cette chanson

Parce que je m’ennuie encore de Charles. Parce que je n’ai pas été rassasiée de lui après nos trois rencontres durant son court séjour à Montréal. Parce que ça me rappelle nos soirées dans le char de ma mère à écouter ses cassettes des années 80 en tournant en rond dans la ville et en réfléchissant sur la vie. Parce que je l’imagine tellement bien éclater de rire en voyant ce clip! Parce que ma mère m'a cassé les oreilles toute ma vie avec cette toune et que je la connais par coeur. Parce qu'elle sera tentée de ressortir ses bottes rouges en voyant ces images… Parce que je souhaite que vous appréciiez autant que nous ce moment de grâce des années 80!


A night in New York, Elbow Bones & the Racketeers

Et cette photo de Charles et moi (prise il y a plus d'un an, en même temps que celle-ci), parce que… ben...

27.6.07

Courageuse?

Souvent, dernièrement, on m’a dit que j’étais courageuse de m’être engagée avec un mec-père et, du même coup, avec son ado-à-temps-plein.

Ça fait bizarre à entendre. Comment réagir ? « Mais non, voyons, c’est pas du courage. C’est… c’est juste… c’est juste comme ça, c’est tout ! »

En ces moments-là, je pense que j’aurais été plus courageuse, et plus triste aussi, de passer à côté de cet homme qui me complète si parfaitement et qui me fait vibrer intensément. Il se trouve qu’il venait avec un gamin. C’est juste comme ça, c’est tout.

Bien sûr, si j’avais pu, j’aurais choisi un sans-enfant, et j’aurais surtout évité un enfant qui me ressemble trop. Mais c’est arrivé comme ça, c’est tout. Le Gamin, c’est moi à son âge. En le regardant aller, en l’écoutant nous parler, je me revois souffrir et je voudrais lui éviter les douleurs que j’ai vécues. Orienter un peu son adolescence pour faire la paix avec la mienne.

Avec eux, je découvre ma vie de femme tout en revivant les montagnes russes de l’adolescence. Courageuse, vous dites ?

21.6.07

Chez mon esthéticienne

Chez mon esthéticienne, il y a quelques semaines, c’était tout plein de sympathisme. Il y avait elle, moi, des poils en moins, de la musique, du bla-bla, de la rigolade.

Elle a maintenant des aspirations autres. Elle a agrandi ses locaux, a embauché d’autres esthéticiennes.

Et puis, soudainement, je trouve ça moins sympa. Beaucoup trop de jeunes filles poush-poushées/cromées/poupounées au pouce carré. Elles sont peut-être bien très gentilles, j’avoue que je ne les connais pas. Je ne veux pas généraliser et je travaille fort sur moi pour ne pas le faire!

Mais hier, en attendant mon rendez-vous, un échange :

Nouvelle esthéticienne No 1, donnons-lui généreusement 18-20 ans – elle a l’air de mon âge, mais bon : « Hey c’est confirmé, ma mère s’en va travailler au Japon pendant 2 ans. »

Nouvelle esthéticienne No 2, pas très énervée par la nouvelle : « Ah ok. »

Moi, dans ma tête, impressionnée : « Wow ! Elle doit être hot sa mère ! »

Nouvelle esthéticienne No 1 : « Ouin, je suis assez en criss là ! »

Nouvelle esthéticienne No 2 : « Pourquoi ? »

Moi, jouant à la vieille sage dans ma tête : « Oui, c’est comme ça à ton âge, petite : tu as encore secrètement besoin de ta maman, mais tu ne veux plus l’avouer, alors tu exprimes la déception qu’elle te quitte sous forme de colère, c’est bien normal. Tu es trop aveuglée par ton sentiment d’abandon pour ne pas voir l’occasion unique qui s’offre à ta mère. Sentiment tout à fait courant, ne t’en fais pas. Sois assurée que votre relation s’améliorera avec la distance, on en a besoin à ton âge… Et puis, tu pourras aller la visiter là-bas, chanceuse ! »

Nouvelle esthéticienne No 1 : « Ben là ! Je suis super fâchée : je ne pourrai pas aller dans le Sud cet hiver ! Ou bedon va falloir que je paye pour le voyage, fuck ! »

Nouvelle esthéticienne No 2 : « Ah shit c’est vrai, fuck ! »

Moi : « Oh God !!! »

Je suis trop vieille, je suis trop sage, ou bedon je suis trop équilibrée pour la comprendre?

1.6.07

C'est vendredi

Vendredi matin au lit avec l’Amoureux. Une journée de congé devant moi, travail en après-midi pour lui. J’entends le Gamin se lever et se préparer pour l’école. L’Amoureux s’extirpe difficilement du sommeil pour aller le saluer, puis revient à mes côtés. Nous continuons le dodo, un peu.

Puis des pensées surgissent du fond de mon demi-conscient : « Je ne finirai jamais à temps tout ce que je dois faire au boulot. » « Non, oublie ça, tu sens pas ta respiration qui s’accélère, rien qu’à cette pensée? » « Ok, ok, je dors. » … « Si on loue un appart, on fera tout peinturer par un pro. Plus simple, plus facile. » « Oui, bonne idée. » « Dors! »

Mais je n’en peux plus. Je roule sur l’Amoureux. « C’est le matin! » « Grrronnnnjourrrrhhhhhhh. » Je glisse un doigt sur ses sourcils, replace quelques poils hirsutes. Je descends le long de son nez, il émet un « mffffhhh » agacé. Il voudrait bien forcer le sommeil plus longtemps. Trop tard. Il est déjà 8 h 37, et je suis bel et décidément bien réveillée. Pas le choix, vieux! Mon doigt glisse près de ses lèvres, c’est le test entre nous.

Mon homme est croustillant, bien sûr, c’est de nature publique. Mais mon homme mord, aussi, c’est moins connu.

CLAC!

Il a mordu! Ça veut dire qu’il est réveillé! C’est le signal : « Hé, on part à quelle heure pour aller chez les Sœurs? Tu crois qu’on trouvera tout plein de beaux meubles? Tu penses qu’il va pleuvoir? Bah, j’irai en métro, c’est pas grave. Je prendrais bien une belle armoire en bois, ou une table de travail. Et tu sais, j’ai pensé qu’on pourrait faire peinturer l’appart au lieu de se taper tout le boulot. Vert, pour la chambre, ça te dit? Et on placera ta guitare à côté de mon piano, on va avoir l’air de vrais musiciens! Faudrait mettre le Gamin à l’harmonica ou à la guimbarde, n’importe quoi, pour qu’on fasse un band rock! »

« Grrrrrduhhhhhcalllllmmme. » Une fossette naît tout de même, ses yeux s'entrouvent et sourient déjà. Il se retourne lourdement et s’écrase sur moi. Le poids de son corps sur le mien, sa main sur ma hanche. Sa bouche, ses lèvres sur mon épaule… « AYOYE! Tu m’as encore mordue! »

J’aime nos matins au lit.

27.5.07

Ça et plein d'autres affaires

Il était grand temps qu'une femme entre dans cette vie de vieux et de jeune garçons. Ne serait-ce que pour friser les rubans des paquets-cadeaux, pour lécher le fond des plats ou pour manger les croûtes de pain, je suis la bienvenue. Ça et plein d'autres affaires, comme on dit ici.

13.5.07

Arcade Fire

Hier soir avec l'Amoureux, nous y étions, nous aussi. Aréna Maurice-Richard, pour voir et entendre Arcade Fire.

Voici un lien que j'ai trouvé aujourd'hui en naviguant. Dans l'ascenceur: on en pleurerait tellement c'est beau.

Un concert à emporter de Arcade Fire

8.5.07

Sous la terre et le compost

Je me sentais tout juste un peu mieux dans le monde dans lequel je vis, et puis paf, non, ça recommence, la bêtise humaine m’est remise à la figure. J’ai le cœur en miettes et la rage à l’âme.

*

Admettons que vous apprenez à 50 ans que vous souffrez de sclérose en plaques. Ce verdict est sans appel : c’est la perte de vos capacités physiques peu à peu, mais vous ne savez pas le rythme auquel la maladie évoluera dans votre corps. Vous savez seulement que vous ne marcherez plus, un jour. Bientôt ?

Admettons que, à 53 ans, parce que monter à votre chambre devient chaque jour plus difficile, vous décidez de vendre votre maison pour vous installer dans un condo. Vous payez le gros prix, bien sûr, pour ce condo, mais il est sur un seul étage, bien que beaucoup plus petit que la grande maison. C’est mieux comme ça : vous sauvez des pas. Et puis il a vue sur le fleuve. Tout n’est pas perdu.

Admettons que, à 55 ans, parce qu’il n’y a pas de rampe d’accès qui vous permette de monter à votre bureau, parce que vous ne contrôlez plus très bien votre vessie (c’est humiliant, n’est-ce pas ?), parce que vous vous fatiguez rapidement, vous devez arrêter de travailler. Vous aimiez pourtant votre emploi, beaucoup, vous l’avez aimé durant 30 ans et n’étiez pas prête à prendre votre retraite. Et pourtant vous en êtes rendue là, vous n’avez pas le choix. Trop tôt.

Admettons que, à 60 ans, parce que vous ne vous déplacez plus qu’en fauteuil roulant, parce que votre condo comporte du tapis partout, parce que l’aménagement de votre cuisine ne vous permet pas d’y pénétrer en fauteuil, parce que chaque déplacement dans la maison doit être calculé et prévu en fonction de vos limites, vous décidez d’entreprendre de grandes rénovations pour arracher le tapis, installer des rampes et des poignées un peu partout, agrandir la cuisine, abaisser les comptoirs et retirer l’énorme bain inutile pour installer une douche dans laquelle vous pourrez vous asseoir pour vous laver. Durant les travaux, vous déménagez chez une amie, votre adaptation n’est pas facile, ce n’est pas votre maison, vous n’avez plus de repères où vous tenir sur les murs ou les meubles, vous ne pouvez même pas défaire vos valises seule. Bien sûr, le gouvernement vous aide dans ces travaux. Il vous donne quoi ? 10 000 $ ? Les rénovations vous en coûtent 60 000 $. C’est cher, mais il en va de votre qualité de vie, aujourd’hui. Pour le temps où vous pourrez en profiter.

Admettons que, une fois ces grands travaux terminés, vous voici au moment de la rencontre annuelle de l’assemblée des 120 propriétaires des condos où vous habitez. Vous rassemblez votre courage à deux mains pour proposer l’installation de portes automatiques pour les personnes handicapées. Car non, dans ces luxueuses tours d’habitation, ce service n’existe pas. Vous savez que l’ensemble des propriétaires paie 190 000 $ par année en frais d’entretien des bâtisses. 8 500 $ pour ajouter un système qui servira à tous, qu’est-ce, au fond ?

Admettons que vous avez préparé des notes pour votre présentation. Vous soutenez qu’un tel système rendra service à tous, autant pour vous et les deux autres personnes handicapées qui habitent dans ces condos que pour tous les autres qui rentrent souvent les mains pleines de sacs, ou qui transportent grand-mère. Cela vous semble un projet si pertinent ! Vous êtes donc un peu surprise par la première réplique d’un propriétaire : « Je vous trouve pas gênée de venir nous demander ça, après les rénovations qu’on endure depuis des semaines ! En plus, vous êtes partie vivre ailleurs pendant que nous autres on continuait à entendre ça et à payer nos frais de condo. »

Admettons que vous réussissez à rassembler vos idées après ce coup droit à l’estomac. Vous êtes éberluée, mais vous réussissez à aligner quelques mots : « J’ai payé mes frais comme vous et mon appartement était pratiquement invivable. Je vous jure que si j’avais pu éviter ces rénovations, je l’aurais fait. » Vous n’avez pas le temps de continuer votre phrase. Quelqu’un d’autre vous répond : « Vous avez eu des subventions pour les rénovations ? Vous auriez pu utiliser l’argent pour les portes ! »

Admettons que vous retenez vos larmes. C’est trop ridicule et insensée, cette discussion ! Vous vous justifiez : « Oui, le gouvernement m’a aidée. Il me prête d’ailleurs le fauteuil dans lequel je suis assise aujourd’hui. Mais je crois aussi qu’il en tient à chacun de faire sa part pour que tous vivent mieux ensemble. Le gouvernement ne peut pas tout faire. » Et bang, un autre coup : « Ben c’est mes taxes qui ont payé ce fauteuil-là ! Pis si vous voulez des portes automatiques, il y a une résidence pour ceux qui ont la sclérose en plaque, dans l’ouest de l’île. »

Admettons que vous accusez réception de cette hargne, de ce chacun-pour-soi ignoble qui émane de cette assemblée. Vous déglutissez péniblement, vous vous apprêtez à continuer la bataille. Quelqu’un intervient : « Je demande le vote là-dessus ! » La discussion est close automatiquement. On vote secrètement. Et le verdict tombe, un autre. C’est non, à 66 %.

*

Enterrez-moi creux sous la terre et le compost, faites-moi pousser les pieds à l’envers, le soleil donne le cancer et l’eau est polluée anyway. Je ne veux pas faire partie de ce monde-là.

24.4.07

Scène de vie cycliste

Nous sommes à un arrêt (Parc Lafontaine/Rachel). Une mère est là avec ses deux fillettes. La plus petite s’est arrêtée un peu trop près de la ligne d’arrêt au goût de la mère.

« Cassandra, je t’ai dit de ne jamais t’arrêter plus loin que moi! Ça ne te donne rien! »

Moi je regarde sa plus grande, deux mètres plus loin. Décidément, les règles ne sont pas les mêmes pour la petite et pour la grande. La petite ne dit rien, mais avance son vélo de 50 centimètres, ses yeux dans les yeux de sa mère. Petite crisse.

« Cassandra, qu’est-ce que tu fais là? Tu crées une situation de stress inutile à maman! »

Oui, elle a dit ça, la mère. Tu crées une situation de stress inutile à maman.

*

Bon ok, je n’ai pas d’enfants, je ne connais pas la désespérance de ne pas avoir de contrôle sur les petites crisses. Mais vous les mères, vous êtes nombreuses à dire des phrases du genre à vos enfants? Et nous, les non-parents, nous sommes nombreux à nous pisser dessus en entendant des conneries du genre?

9.4.07

De l'eau, du soleil et un peu de compost

Souvent ces temps-ci, je me sens à côté de la plaque.

J’ai vu mon père et j’ai appris qu’il a voté ADQ. J’ai vu mon père et j’ai supporté de l’entendre affirmer qu’une propriétaire est parfaitement justifiée de refuser un couple avec ado pour ne pas subir sa musique trop forte. Je lui ai répondu simplement que « j’ai voté Québec Solidaire et la discrimination ne fait pas partie de mes valeurs. » J’ai vu mon père et j’ai mieux compris les silences entre nous, de plus en plus longs, de plus en plus vides.

J’ai la frustrante impression de parfois passer pour une écolo-grano-post-hippie ridicule avec certaines de mes habitudes de vie. Oui, j’envisage de faire du vermicompostage avec l’Amoureux (je te l’apprends, chéri) et non, les vers ne me dégoûtent pas. Non, je n’ai jamais eu de voiture et oui, j’irai travailler à vélo tout l’été. Oui, je choisis de manger bio quand je le peux et oui, je paie plus cher pour ce choix. Oui, l’environnement m’importe, notre avenir collectif m’angoisse, et oui, je tâche d’ajuster un tant soit peu mes comportements en ce sens. Mais ma question est : qu’est-ce que ça change dans votre vie? En quoi est-ce que ça vous menace, pour que vous ricaniez derrière mes pas ou que vous m’offriez le sourire poli qu’on réserve habituellement aux enfants un peu lents? Je vous laisse surconsommer, laissez-moi poser ces petits gestes de rien du tout pour essuyer quelques traces de votre gâchis.

Je me sens à l’envers de la masse parce que je n’en peux plus d’entendre les Têtes à claques à longueur de journée et parce qu’ils ne me font pas rire, non plus que Elvis Gratton, ma vie my life, pas plus que Le Banquier ne me fascine.

J’ai la vache peur de me faire frapper à chaque coin de rue par des automobilistes qui parlent au cellulaire et qui m’envoient chier parce que j’utilise le droit du piéton de traverser la rue au feu vert.

Bref, depuis plusieurs jours, je me sens décalquée par rapport à ce qui m’entoure. Je me sens perdue dans mon monde, seule sur une île, à repousser à coup de bâton de baseball la vie qu’on voudrait que je mène. L’impression de ne pas être au bon endroit au bon moment. Conflits de valeurs.

Et pourtant, et pourtant. Aujourd’hui, Daniel Bélanger dans le colimaçon, les mains pleines de terre, j’ai souri. Puis je me suis dit que moi aussi, j’aurais besoin d’un peu plus d’espace et de nouveau terreau pour m’enraciner dans ce sol pauvre, sec et acide. De l’eau, du soleil et un peu de compost pour vous aimer à nouveau.

6.4.07

Chercher un appart, c'est comme chercher un chum

Je ne sais pas si le rapprochement a déjà été fait – probablement – et si mon texte aura une odeur de déjà-vu (ça fait toune de Lynda Lemay je trouve!), mais en tout cas…

*

Je l’affime :
Chercher un appart, c’est comme chercher un chum.

Le printemps est la saison des amours. On se court après, la fébrilité hante les rues de Montréal. Les filles jouent le grand jeu : elles se montrent respectueuses et responsables à ceux qui cherchent la stabilité et la platitude absolue, et sexy, rigolotes et intéressantes aux autres qui cherchent le feeling qui pourrait les faire craquer. Les gars exhibent des sourires francs, essayent d’inspirer confiance et de cacher leur nature fondamentale de coureurs de jupons. Les couples font leurs sorties de couple, on les trouve cutes et on aimerait bien les avoir pour voisins. Par contre, les couples avec enfants sont totalement out. C’est la saison des amours, qu’on a dit! Pas la saison des familles. Exit. Restez donc chez vous avec vos morveux, leurs cris nous empêchent de nous entendre roucouler.

Y’en a des gros, des laids, des super grands, des p’tits vieux rabougris qui nous attirent juste pour l’argent. On est toujours attiré par les plus beaux, les plus jeunes (même si les plus matures ont certes des attraits incontournables!), les mieux bâtis, les plus in. Chacun a son petit défaut qui nous fait hésiter à nous engager. On est parfois tenté par l’exotisme de la Rive-Sud ou de Laval, me semble que ce serait tellement plus facile! ...Mais on se reprend rapidement.

Dans les deux cas, pour trouver ce qui nous convient réellement, vaut mieux éviter les petites annonces. Tout le monde recherche la même chose, et alors l’annoncé à tout loisir de choisir. On fait la file, on attend, on est con. Bien souvent, on est déçu quand on voit pour vrai. Tout le monde est toujours plus beau en description. Et puis les photos, c’est pas pareil.

Vaut mieux miser sur les amis d'amis pour faire les bonnes rencontres. Le contact est facilité, on a les bonnes références. Terrain connu. Plus simple.

Et bien sûr, on en arrive au point le plus important. Il a beau avoir tous les attributs nécessaires sur papier ou entre les jambes, reste que rien ne fonctionne si le feeling n’y est pas. On se sent bien en sa présence, ou pas. C’est instantané, ça se sait tout de suite. Parfois un seul détail nous fait accrocher. On le sait, on le sent. C’est lui.

Parfois, on hésite trop. Il a tous les attributs, il est beau et grand et sympa, mais… mais ça clique pas. On voudrait tellement, pourtant. Et puis y’a juillet qui arrive – et puis y’a la trentaine qui s’en vient – faudrait bien s’installer sérieusement, non? On hésite, on sait pas trop. Mais y’a rien à faire, ça passe pas. Vaut mieux alors laisser tomber.

Parfois, par contre, on hésite pour un détail futile. Il n’est pas exactement comme on s’y attendait, comme on l’avait imaginé. On sait que ça pourrait fonctionner, mais on a peur. Comment, tout ça pour moi, à ce prix-là? Si facile? Et on trouve des raisons de ne pas le prendre. Oui, il est bien entretenu, mais il n’est plus si jeune. Oui, il est beau, mais il est un peu plus petit que je ne le pensais. Mais t’as vu les grandes fenêtres? Et t’as vu la disposition des pièces, si agréable et chaleureuse? Et le plancher de bois franc? Ben voyons, il doit y avoir un piège, ça se peut pas! Je ne le mérite pas! Là, voilà, faut y aller. Y’en n’a pas toujours, une pogne. Parfois c’est juste la chance qui nous fait tomber dessus. Faut dire oui.

Et comme toujours, c’est quand tu es déjà en couple qu’on te propose les échanges alléchants. Ton mec contre le mien! Mais voilà, ça marche jamais, parce que ton mec il est trop petit, trop exotique, pas assez ceci, pas assez cela. OK laisse faire, je garde le mien d’abord!

Enfin, c’est aussi quand ton mec est ailleurs que tu pognes le plus. Rien que depuis qu’il est parti, ça fait 3 jours, j’ai déjà visité 2 appartements et revu 2 ex sur la rue. Et là arrivent les grandes décisions. Je le prends ou je le prends pas? Je dois vraiment décider ça toute seule? On pourrait pas attendre un peu, prendre notre temps pour y penser chacun de notre côté, le temps que mon homme revienne?

Mais non, je dois décider si je prends un appart pour mai ou non, toute seule. Mon homme m’a donné pouvoir de décision, il me fait pleinement confiance.

J'ai choisi, chéri. C'est non. On continue de chercher. Ensemble!

4.4.07

Soliflore avouée, je me languis de l’écarlate de ton être.

29.3.07

Et moi, qu’est-ce que je veux?

Hier soir, je jouais à la belle-mère gentille avec le Gamin qui se sentait un peu mou. J’ai fait chauffer sa soupe et lui ai beurré sa tranche de pain. Je suis tendre et affectueuse parfois, ça m’échappe par à-coup. Qu’il retienne ces gestes dans ses souvenirs précieux! Fallait ben qu’il soit malade pour que je combatte la marâtre en moi.

Lui : « Est-ce que je vais aller mieux demain? Est-ce que je vais pouvoir aller à l’école? »
Moi : « Je pense que oui, Gamin. Mais c’est pas moi qui va décider ça, je suis pas ta mère moi. Les parents, ça sent ces choses-là, si leur enfant va bien ou pas. Mais moi, je suis pas une parent, je l'sais pas. »
Lui : « Ben, t’es quand même une demi-mère! »
Moi : « Heu, oui. Bien sûr! »

De belle-, je suis passée à demi-… Et la marâtre, je la mets où? Le Petit, il voudrait visiblement que je la range dans le fond de la garde-robe. Et moi, qu’est-ce que je veux?

27.3.07

Think positif, stie.

Les choses ne s'améliorent pas dans notre recherche de logement à Montréal.

1 - Samedi matin, la file d'attente de 30 personnes devant la porte à 11 h 02, quand les "portes ouvertes" commençaient à 11 h. C'est comme pour les billets d'Arcade Fire : il fallait coucher là. On a passé notre chemin. On s'est consolés en se disant que c'était un coin vraiment moche, qu'ils étaient en train de construire une trallée de condos juste en face, que la rue était trop passante. Bref, vraiment pas pour nous. Mais je me suis quand même rendu compte que c'était vrai, l'histoire d'attendre 1 h 30 pour visiter un logement... wo-ho, impressive.

2 - Même jour, 18 h 15 : rendez-vous pour un super logement dans Villeray. Le coin est parfait. Il neige à plein ciel quand on sort du métro. On rigole, on se dit que c'est un signe... Un signe de marde, oui! Le locataire qui nous ouvre la porte nous annonce que le logement est déjà loué, et que ça fait déjà 15 personnes qu'il retourne de cette façon. On est en maudit. Quel manque de respect de la part du propriétaire, autant pour nous que pour son locataire! Bref, les proprios, vraiment, ils s'en foutent. Et nous, on n'a que ça à faire.

3 - Aujourd'hui, ces spécifications sur un site Internet : Je cherche à sous louer à une personne ou couple hyper tranquille, non-fumeur, sans enfant, sans animaux, respectueux et responsables. Le propriétaire habite le triplex et est très sympathique et respectueux. Yeah right, sympathique et respectueux le proprio. J'ai presque hâte de le rencontrer. Mon chum est circoncis, ça vous intéresse-tu de le savoir, un coup parti? Ah oui et puis on ne fait plus l'amour qu'une fois par mois, et en silence, on ne bouge presque pas, je vous jure, j'espère que ça ne vous dérangera pas trop. On peut s'abstenir si vous le souhaitez. De plus, on va redonner la garde du Gamin à sa mère, bien sûr, pour vous satisfaire.

*

Bref, on est vraiment loin de notre but. Il nous reste encore à vivre les cas suivants :
a- les traces noires dans le coin des murs et les cernes de rouille dans le bain,
b- le proprio qui me pogne une fesse pendant la visite,
c- les seringues sous les marches d'escalier extérieures,
d- la déco année 50 et les murs en préfinis,
e- la visite chez un locataire qui se trouve à être, oh hasard! un ex-amant.

Cool, j'ai déjà hâte.

26.3.07

Dix secondes de trop

Samedi midi au soleil. Je suis occupée à embrasser l’Amoureux au coin d’une rue, en nous répétant combien on s’aime, les cœurs au chaud et les lèvres à l’humide. Je suis bien emprisonnée dans ses bras, quand tout à coup, je le sens sourire et se détacher de moi. Il me dit gaiment : « Nathalie est là, veux-tu la rencontrer ? Mais t’as comme pas le choix, elle s’en vient ! Wow, je suis content de la voir, ça fait 4 ans que je l’ai pas vue ! »

Nathalie, c’est l’ex. L’ex d’avant-avant moi. Pas la dernière là, l’autre d’avant. Celle dont il me parle parfois, toujours en disant de bons mots : « C’est Nathalie qui m’a apporté ça, elle m’a fait découvrir ceci, j’ai appris cela avec elle… » Bref, la Nathalie en question a un très bon capital de sympathie de ma part. Je sens que je lui en dois toute une dans la construction de mon homme actuel. Sans elle, sans eux ensemble, pas d’Amoureux tel qu’il me plaît aujourd’hui.

Je me retourne donc, large sourire aux lèvres, prête à rencontrer chaleureusement la Nathalie. Mon homme a déjà enlevé son couvre-chef (poli!). Il lui sert un sourire sincère, lui lance un joyeux « Salut ! Ça va ? », les bras tendus.

Mais quelque chose cloche. Je le sens rapidement et rabaisse mon sourire d’une coche.

La dame n’est visiblement pas heureuse de rencontrer son ex. Elle offre vaguement un sourire forcé puisqu'elle ne peut pas faire semblant de ne pas le reconnaître, accélère le pas : « Oui, ça va, et toi ? », n’attend pas la réponse, regarde ailleurs, traverse la rue. Voilà. C’était Nathalie.

Nous sommes tous les deux bouche bée. De kessé ?

*

Dix secondes plus tard, l’Amoureux me fait un peu pitié, avec son air surpris, sa tuque à la main et son sourire figé dans la face. Les bras lui retombent. Le sourire se mue en stupeur : « Je comprends rien ! Me semblait que c’était correct entre nous, maintenant… » Après 4 ans, il avait des raisons de croire qu’elle avait fait la paix avec leur relation.

Il remet sa tuque. On reprend le chemin, les têtes remplies de pensées. On élabore 12 théories pour expliquer son comportement. Il n'arrive pas à comprendre.

*

Je suis, encore aujourd'hui, plus touchée que je ne l'aurais pensé par le comportement de Nathalie.

L'Amoureux a tenu sa tuque à la main 10 secondes de trop.
Elle tient sa douleur à pleine main depuis 4 ans.

21.3.07

Ce sera un beau dimanche.

Dimanche matin, 18 mars, métro Joliette. J’ai Neon Bible dans les oreilles, je vais déjeuner avec un ami. Le cœur léger, quoi.

J’attends sur le quai du métro. J’observe un vieil homme assis tout près de moi. La soixantaine-bedonnante-frippée/bérêt-manteau-greige-fatigué. Mais les gestes du bonhomme sont bien alertes. Un petit sac à dos est posé à ses côtés, un truc joli, rouge vif. À sa fermeture éclair est suspendue une petite figurine de plastique.

Soudain, il aperçoit un trésor sur le sol. Mon regard suit le sien : un autocollant en forme de trèfle. Ah oui tiens c’était la Saint-Patrick hier.

L’homme fouille dans sa poche, en sort un petit canif suisse. Il sort sa lame de couteau. Étire le bras et décolle le trèfle d’un petit mouvement précis. Il inspecte l’autocollant de plus près et l’essuie sur sa manche. Il le colle sur le devant de son sac à dos rouge vif. Il pèse dessus, s’assure qu’il est bien en place. Il referme son canif.

Je souris. Ce sera un beau dimanche.

20.3.07

De mieux en mieux

Bon, je cherche à me loger, vous l'avez déjà lu.

Magasiner et choisir un toit chaleureux et sympa est une chose tout à fait naturelle que j'ai fait plusieurs fois déjà. Mais voilà que je commence à penser comme une grande personne : la possibilité d’acheter un truc, style une maison tsé genre, a fait des bulles à la surface de ma cervelle, hier. Bien sûr, je ne veux pas acheter ce genre de bébelle à Montréal parce que je ne voudrais pas y élever mes enfants, bien sûr je n’achèterais jamais un cossin aussi gros avec un mec avec qui je partage ma vie depuis quelques mois seulement. N’empêche, l’idée m’a souri hier. Épeurant, je vous dis. Ne tentez pas l’expérience !

Alors que je marchais sur la rue à côté de chez moi, une nouvelle pancarte attire mon attention. Tiens ! Ça fait vraiment trop longtemps que je crèche chez mon homme: je ne vois plus les pancartes À vendre pousser. Mes yeux s’arrêtent trop longtemps. C’est un joli et mignon duplex, tout rouge, tout propre. Des fantasmes me montent à la tête. Oh ! Ce serait mignon ce tout petit chez-nous dans mon quartier que j’adore, des locataires au-dessus qui paient l’hypothèque et hop ! on est heureux ! Ben quoi ? On fait tous les deux des salaires décents, pas de char, pas de dépenses, et surtout, surtout ! pas de dettes. On est supposés être riches, non ?

Sur Internet, on trouve tout.

Le prix de ce charmant et, je le répète, petit et minuscule duplex de Petite-Patrie ? 400 000 $ mes amis.

Après le cash-down de 100 000 $ (je peux-tu raper des REER un mois après les avoir pris ?), il ne nous restera plus que 1761,93 $ à payer chaque mois durant les 25 prochaines années. Heureusement, le loyer du dessus va nous aider…

Moi je dis : y’a ben des maudites limites dans vie !

Gabrielle, on va te rejoindre en Gaspésie le 1er juillet!

18.3.07

Tout ça pour ça

Je viens tout juste de comprendre pourquoi je me suis tapé 2 ans de cégep en arts et lettres. Au delà des conneries à la café étudiante, des sorties au théâtre et des profs trippants, qu'est-ce qui me reste aujourd'hui dans le cerveau?

Oui oui, il me reste une connaissance qui ne sert à rien, un inside que je partage avec le seul ami que j'ai gardé depuis le cégep: dès qu'on le peut, on place dans nos phrases cette insignifiance qui nous fait croire qu'on est des artistes... Ce concept nous semblait tellement important dans nos cours.

Mais aujourd'hui, merci, ô merci la vie, cette connerie m'a servi à répondre à une question à laquelle même les champions de "Questions pour un champion" n'ont pu répondre... Alors je suis top-championne, non?

Oui, merci cégep, je sais ce qu'est une mise en abyme.

Et vous aussi, maintenant!

Mais merde... Si mes NOMBREUX lecteurs le savent aussi aujourd'hui... Je repose la question: pourquoi je me suis tapé 2 ans de cégep en arts et lettres?

Bon voilà, j'ai fait tout ça pour transmettre cette connaissance à des générations futures. Transmettez la bonne nouvelle.

La mise en abyme est un procédé consistant à incruster une image en elle-même, ou, d'une manière générale, à représenter une œuvre dans une œuvre de même type. On y retrouve le type d'« autosimilarité » qui constitue également le principe des fractales ou de la récursivité en mathématiques.

14.3.07

Tout vient à point à qui sait attendre

Un jour de l’été 2006, alors qu’elle était de retour au Mali après un voyage au Québec, Awa – vous vous souvenez, la belle rencontre ? – décida d’envoyer une lettre et un présent à Sata – c’est moi, ça.

Awa profita du passage d’un stagiaire québécois pour lui laisser le paquet.

Le stagiaire prit le paquet avec plaisir, heureux de rendre service. Il poursuivit son séjour de quelques semaines au Mali, accumulant ici et là les messages et les lettres à ramener au Québec.

Et puis il est revenu, disons à la fin de l’été. Il a défait ses bagages, il a laissé les lettres et les paquets, disons sur le coin d’un bureau dans sa chambre. Il s’est promis de les ramener à l’organisme, qui saurait retracer les destinataires, le plus tôt qu’il le pourrait. Deux semaines plus tard, en faisant le ménage, il a déplacé la petite pile vers la gauche. Un mois après, quand vint de nouveau le temps de dépoussiérer le bureau, il se dit qu’il devait retourner à l’organisme le plus tôt possible. Il déplaça la pile dans la bibliothèque.

Dans le temps de Noël, il se dit que ce serait vraiment très sympathique de sa part d’offrir ces cadeaux aux personnes auxquelles ils étaient destinés. Puis il alla magasiner.

Au début de l’année, sa blonde aménagea avec lui. En fouillant dans la bibliothèque, elle tomba sur cette pile. « Hey ! C’est quoi ça ? Ça vient du Mali ! Cool ! Hey mais… c’est pas ton nom qui est écrit dessus… » Honteux, pressé de faire bonne impression devant sa flamme, l’ancien stagiaire plaça la pile sur le coin de la table de la cuisine, afin de ne pas oublier de rapporter les colis à l’organisme. Il les amena ensuite avec lui dans sa voiture. Ils y traînèrent encore quelques semaines.

Puis, un jour, il passa devant l’organisme. « Ah oui ! Les colis ! »

*

Hier, une dame appelle Sata pour l’informer qu’un colis et une lettre à son nom l’attendent à l’organisme… à Sherbrooke! Sata est ravie, mais elle habite maintenant à Montréal, et elle ne prévoyait certainement pas faire un détour par Sherbrooke au cours de la prochaine année!

Depuis hier, Sata fait des démarches pour trouver une amie sherbrookoise qui pourra aller chercher les paquets. Au moins, les sortir de l’organisme. Pour qu’enfin, lorsque cette amie viendra à Montréal, ou lorsque Sata ira à Sherbrooke, dans quelques semaines (!) ou, plus probablement, dans quelques mois, elle puisse lire les précieux mots de Awa.

10.3.07

"J'aime beaucoup les enfants, mais..." ou "Vieille crisse de folle"

On tient ici un concept. Un autre texte à 20 (14) doigts.

On forme un joli couple. Je trouve qu'on se complète bien. Moi, réfléchie et posée. Lui, euh... "fougueux et vigoureux", disons (Ça fait Viagra! Ben quoi, à ton âge...). Moi en Normal, lui en Italique.

On est pompés, hein, faut le dire.

*

J’ai déjà abordé ici le thème des gens du type « Je ne suis pas raciste, mais… » et autre « Je ne suis pas homophobe, mais… ». Ben là, chu une fougère…

L’Amoureux et moi venons tout juste de découvrir une autre catégorie de gens tout aussi méprisable. Il s’agit des « Vous savez, j’aime beaucoup les enfants, mais… ». C’était une folle. Non, je suis trop poli, c’était une crisse de folle. En fait non, pas tout à fait, c’était une vieille crisse de folle plus exactement.

« …mais vous le savez, un adolescent, ça écoute la musique fort, ça a besoin de bouger et ça a de l’agressivité à sortir. Je ne voudrais pas le brimer dans son besoin d’expression, cet enfant. C’est bien dommage, car vous m’aviez semblé bien sympathiques, mais j’ai loué à un autre couple plus vieux, sans enfants. » Si elle avait su que le père déplace plus d’air que le fils, elle s’en serait assurément mordu les doigts.

Ça, c’était après. Un aveu complet de discrimination envers nous, qui vivrons avec le fils de l’Amoureux.

Je souligne qu’il a 12 ans, le Gamin, bientôt 13. Douze ans, calvaire. On s’entend que ce n’est pas un Terrible-Two sans contrôle qui fait le bacon pour avoir un bonbon? Ce n'est pas plus excusable de le refuser, mais c'est plus bruyant qu'un ado qui joue au jeu vidéo à journée longue, c'est vrai. Nous avions même proposé de venir lui présenter le Gamin, question qu’elle constate de ses propres yeux comment il est adorable, doux, intello avec ses lunettes sur le bout du nez… Et je regrette d’avoir pris cette initiative. Avoir su, je ne me serais jamais abaissé à ce point. Mais vous savez, quand on trouve un endroit chouette, on est prêt à faire quelques sacrifices pour arriver à nos fins. Grosse erreur, croyez-moi. J’ai honte même d’y avoir pensé.

Pendant la visite, elle avait déjà eu le culot d’oser un « et puis, sans indiscrétion, vous désirez avoir des bébés ? » Bien sûr, l’appartement était superbe, un rêve d’appartement en fait, nous aurions fait n’importe quoi pour l’obtenir ! Alors nous avions bredouillé, bêtement, que « euh, non, pas bientôt en tout cas… ». Nous avions répondu à cette intrusion effroyable dans notre vie privée ! C’est ici que j’aurais vraiment dû me laisser aller. Un « Va chier vieille conne, c’est pas de tes affaires » aurait été de mise.

Il y avait eu d’autres signes avant-coureurs, qui nous avaient agacés, mais que nous avions laissé passer, pour la lumière dans les pièces gigantesques, pour la cour verdoyante. Nous en étions à bavarder gentiment, multipliant les sourires, plaçant judicieusement nos pions, comme en entrevue d’embauche. Puis, il y avait eu son : « Oh, mais en fait, avec les locataires actuels, ce sont des problèmes culturels qu’on a eus… » Tout à coup, silence radio de notre côté. Je ne regarde pas l’Amoureux, mais j’imagine que son regard s’éteint, et je ne l’entends plus réagir. Nous ne devons pas nous regarder, nous sommes trop transparents l’un et l’autre. Allez, dépêtrez-vous madame. Je l’aide un peu : « Mais vous savez, des gens inintéressants, il y en a partout, peu importe les cultures. » « Oh ! Mais bien sûr, bien sûr ! » Elle avait eu chaud, elle s’en était sortie. Moi je crois plutôt qu’elle n’a même pas eu honte de ce qu’elle venait d’avancer. Le portrait du « moi je suis pas raciste mais… » lui allait soudainement à merveille. C’est ici que j’aurais dû sauter ma coche et la traiter de vieille imbécile à l’esprit fermé. Je crois que ça m’aurait fait du bien.

*

Hier soir, à l’Amoureux : « Tu imagines comment il va être incroyablement beau et grand, notre appart, car bien sûr il sera encore meilleur que celui-là ! Et le ou la proprio, tu imagines comment il sera gentil et prévenant ? »

Lui : « Et ses locataires, tu imagines comment ils vont lui marcher fort sur la tête, à la vieille crisse ? »

Je souhaite sincèrement qu’elle se fasse baiser d’aplomb par ses nouveaux locataires. Je souhaite qu’ils adoptent un chien, qu’il fasse des partouzes à n'en plus finir à 3 heures du mat, qu’ils pitchent leurs vidanges au beau milieu de la cour et les laisse sécher au soleil et qu’ils envoient leur chèque aux environs du 15 du mois (suivant). Peut-être que ça lui apprendra à la vieille folle à voir plus loin que le bout de son vieux nez rabougri.

4.3.07

1ère, 2e, 3e, 4e

Il navigue sur Internet à la recherche de réponses à ses questions de psycho-pop-père-fils-marâtre.

"Chérie! J'ai trouvé quelque chose pour toi! Tu pourrais faire partie de l'Association des secondes épouses et conjoints, l'ASEC.

Il se trouve drôle, j'entends son air crasse à l'autre bout du salon.

"Oh, bonne idée! Mais je suis désolée, je ne peux pas y adhérer..."

J'apprends bien à ses côtés, vous allez voir.

"Bon bon, tu vas me dire que tu n'es pas encore mon épouse et tu vas me re-re-demander en mariage?"

Décidément, il se trouve drôle le mec. Il veut jouer à ce jeu.

"Mais non, voyons! Jamais je ne re-re-ferais ça, j'ai appris ma leçon! C'est que, tu vois, je suis ta 4e blonde, pas la 2e."

Et toc.

"Euh, oui tu as bien raison!"

Bon, je l'ai eu cette fois. Allez, je remets ça!

"En fait, je serais plutôt la 3e dans l'ordre des secondes épouses, non?"

Héhé.

"Oh OK c'est correct, j'ai compris hein!"

J'adore. Encore.

"Mais finalement, la raison suprême, c'est que je ne suis ni la 2e, ni la 3e, ni la 4e."

Suspense.

"Bon, de kessé encore?"

Cliché à venir, oui je sais, ça arrive même aux meilleurs, mais c'est tellement cute.

"Bien sûr, je suis la première dans ton coeur, non?"

Sourire angélique. Je l'ai eu! Trois de suite, je deviens trop forte!

"Pffff! Tu vois bien que tu es "À SEC", tu sais plus quoi dire!"

Merde! Mais comment il fait?